Après plus de 6h d’avion, j’arrive à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest, le 31 octobre 2018 en provenance de Paris. Suite à plusieurs années dans la Banque, principalement dans le secteur de l’immobilier, j’ai décidé de démarrer une nouvelle expérience en Afrique. Le 05 novembre 2018, je débute mon nouveau job au sein de la plateforme Risques d’une grande banque française implantée en Afrique Subsaharienne, qui centralise les risques de crédit, opérationnel et de marché de 5 pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Guinée. Après deux mois de découverte et d’intégration au sein de nos anciens locaux vétustes situés au Plateau, quartier d’affaires de la ville, je commence à assimiler les diverses fonctions transverses de mon poste telles que le coût du risque, le suivi de la consommation des enveloppes pays, la déclinaison des procédures Groupe et l’élaboration du Risk Report. Le temps me permettra de m’adapter aux nombreuses différences culturelles avec la France. L’observation et la patience sont à mon sens deux qualités indéniables pour réussir son intégration.

Je travaille maintenant depuis 1 an dans l’une des 30 banques commerciales implantées à Abidjan. Ces organismes sont passés à Bâle 3 en 2017 suite à la publication des textes de la BCEAO (Banque Centrale Etats Afrique de l’Ouest). L’implémentation de cette réglementation s’avère aujourd’hui compliquée à mettre en œuvre pour certaines institutions où les outils informatiques sont parfois robustes. Le développement du numérique avec une meilleure maîtrise des données aidera les banques à poursuivre leur croissance tout en limitant leurs risques élevés au vu des ratios de NPL (Non Performing Loans) en Afrique. En 2019, le taux de bancarisation en Côte d’Ivoire est de seulement 17 %. Ces difficultés expliquent peut-être mes horaires de travail qui s’étalent chaque jour de 7h à 19h.
Le déménagement dans nos nouveaux locaux en début d’année 2019 me permet de revenir à un environnement de travail plus proche de mes anciens locaux parisiens avec des bureaux neufs et lumineux. Le travail reste intense mais je commence à m’adapter au rythme tout en pratiquant le tennis et la piscine le weekend. Ce rythme intense en position assise prolongée va néanmoins me causer de sérieuses complications au niveau du dos. Aussi, je ne marche plus la semaine compte tenu de la pollution et du manque de trottoirs en bon état, ce qui ne m’aide pas à maintenir une condition physique idéale. J’utilise le taxi jusqu’à quatre fois par jour lorsque je rentre déjeuner dans mon appartement également situé au Plateau. Abidjan est une ville énormément embouteillée. Les règles de conduite sont très peu respectées. Les conducteurs de « Baka », minibus locaux dont la fiabilité technique reste à vérifier, restent les plus dangereux sur les routes. Le midi, je reste parfois aux alentours du bureau dans des restaurants proposant salades ou snack à prix convenable (environ 5 000 FCFA, soit 7,62 €). Seuls les maquis, petite restaurants atypiques proposant poulet braisé, alloco, attiéké ou autres spécialités locales sont très attractifs en matière de prix. Certains restaurants à Abidjan proposent des prix démesurés pour la qualité proposée malgré la présence de très bonnes tables dans la ville. Le prix des appartements est également excessif au Plateau depuis le retour de la BAD (Banque Africaine du Développement) à Abidjan en 2014 après une délocalisation à Tunis suite à la crise post-élections de 2010 entraînant la mort de plus de 3 000 personnes.
En octobre 2020, de nouvelles élections se dérouleront dans un climat incertain avec la candidature potentielle des candidats traditionnels que sont Ouattara (RHDP), Bédié (PDCI), Gbagbo (FPI). Seul Guillaume Soro, ex Président de l’Assemblée Nationale de 2012 à 2019 après avoir été Premier Ministre, a officialisé sa candidature. Les candidatures du Président actuel Alassane Ouattara (3ème mandat potentiel) et de son prédécesseur Laurent Gbagbo, Président de 2000 à 2010, (toujours en liberté conditionnelle en Belgique) semblent plus compliqués.
Malgré son taux de croissance à plus de 7 % sur les dernières années porté par la construction d’infrastructures publiques et l’afflux investissements étrangers, la Côte d’Ivoire fait face à d’importantes inégalités. Le Plateau regorge de 4*4 et autres voitures de grande valeur pendant que la majorité de la population vit dans des conditions précaires. Les libanais détiennent environ 10 % du PIB grâce à l’immobilier et de grandes entreprises locales. Le salaire minimum de 60 000 FCFA (soit 91 euros par mois) ne permet pas à la majorité de la population de profiter des activités et loisirs dans « la perle des Lagunes ». La plupart ne disposent pas d’électricité et habitent loin du centre. Certains de mes collègues effectuent jusqu’à 2h de transport aller et 2h retour par jour.

L’agriculture, portée par le cacao où la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial avec 35 % du marché, est la principale source de revenue du pays (20 % du PIB). Cependant, la majorité des bénéfices remonte aux industriels européens qui transforment les fèves de cacao en chocolat. Avec le Ghana, deuxième producteur, le pays tente d’instaurer un prix minimum par tonne de cacao brut pour les producteurs. La Côte d’Ivoire est également premier producteur africain de noix de cajou et deuxième mondial. La chute du prix des matières premières peut impacter rapidement et fortement le revenu des agriculteurs. L’autre problématique majeure à moyen terme est la déforestation de 90 % en 50 ans, soit l’une des vitesses les plus rapides au monde.

Le secteur touristique représente environ 6 % du PIB en 2019, surtout axé sur le tourisme d’affaires avec de nombreux hôtels, dont le groupe ACCOR avec son prestigieux SOFITEL doté d’une piscine de plus de 60m de long. A défaut d’avoir pu célébrer les anniversaires de mes amis en France durant cette année, j’ai eu la chance de visiter en partie la Côte d’Ivoire. Le lieu touristique le plus connu est la plage d’Assinie où se trouvait le Club Med du film Les Bronzés. Grand-Bassam, plus proche d’Abidjan (45 minutes de voiture), est également célèbre avec sa grande plage et vieille ville classée au patrimoine de l’Unesco. Pour les adeptes du calme, les plages de Jacqueville à l’ouest d’Abidjan tout comme Grand-Lahou ou Sassandra, plus éloignées, se succèdent sur la côte. Il est également possible de prolonger le voyage à l’ouest jusqu’à San Pedro et Grand-Béréby mais mieux vaut utiliser l’avion compte tenu de la qualité des routes. Cette dernière destination regroupe de très jolies plages naturelles très propres contrairement à d’autres plus proches d’Abidjan. Enfin, vous pouvez également rester à proximité d’Abidjan à l’île Boulay pour y passer une journée tout en dégustant une bière locale, la Flag ou l’Ivoire. Dans un autre registre, le domaine Bini, situé à une heure de route au nord d’Abidjan direction Yamoussoukro, permet de découvrir les spécialités culinaires locales en découvrant les exploitations agricoles (cacao, latex, etc.) lors d’une promenade en forêt. Plus au nord, la ville de Yamoussokro, capitale administrative du pays, détient la plus large basilique du monde, inaugurée par le Pape Jean-Paul II en 1990. La Côte d’Ivoire regorge d’endroits préservés que je n’ai pu encore visiter.

J’entame ma deuxième année en Côte d’Ivoire qui s’annonce plus facile professionnellement même si de nombreux challenges restent à relever. La vie à Abidjan n’est pas comparable à la vie parisienne. Paris offre une qualité de vie culturelle et sportive que je ne retrouve pas ici mais cette expérience humaine m’apporte énormément sur le plan personnel. La Côte d’Ivoire devra également faire face à de nombreux challenges dès l’an prochain avec les élections et la poursuite du développement de son économie.

Très intéressant et bien écrit !
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Canon ! A bientôt pour un petit poulet braisé !
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Beau début. « S’il vous plaît… dessine-moi un mouton » !
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