Une 2ème année franco-ivoirienne

Arrivée en France le 14 mars 2020. Retour en Côte d’Ivoire le 21 novembre. 2 phrases nominales qui résument mon année bouleversante. En rejoignant le village de mon enfance, je ne pouvais imaginer un retour à Abidjan 8 mois plus tard. La première explication réside dans la crise du Covid-19. Un confinement qui a surpris tout le monde avec l’annonce de la fermeture imminente des frontières françaises avec la quasi-totalité du monde, dont la Côte d’Ivoire. Cette situation était inimaginable dans notre société en temps de paix. Mon vol de retour à Abidjan prévu fin mars a été annulé.

Fleuve Bandama près de Tiassalé


J’ai continué à travailler à distance toute cette période durant laquelle la Côte d’Ivoire a également été confinée quelques semaines après la France. Le télétravail à temps plein est une nouveauté pour la majorité des salariés en France mais en Côte d’Ivoire c’est une extrême nouveauté. Cette pratique n’a tout simplement jamais existé dans ma banque. La mise en place de cette méthode en urgence engendre des problèmes techniques et organisationnels. Etant au service risques, la gestion de la crise Covid-19 est quotidienne. Nous devons extraire et analyser des quantités de données chaque mois pour évaluer les répercussions de la situation sanitaire et économique sur notre clientèle. La Banque Centrale de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) autorise le report des échéances de prêt pour 3 mois pour les clients affectés, mesure qui sera prorogée jusqu’à fin décembre. En Europe, les mesures apparaissent plus fortes suite à l’impact majeur de la crise sur l’économie. En Côte d’Ivoire, la première vague interviendra plus tard qu’en France avec le premier cas officiel reporté le 11 mars. Elle prendra fin en juillet avec moins de décès. Le climat et l’âge de la population semblent réduire la propagation et/ou la mortalité du virus. La prorogation du virus est officiellement contenue depuis.

En outre du télétravail qui occupe une grande partie de mon temps, le retour dans mon village restera une expérience unique et inimaginable. Les points positifs sont le rapprochement avec ma famille et mes amis malgré l’éloignement avec ma compagne qui est restée bloquée en Côte d’Ivoire jusqu’à fin avril. Elle pourra finalement rejoindre son pays d’origine avec un vol d’évacuation. Nous nous sommes retrouvés fin juillet après cinq mois de séparation avant de célébrer notre mariage en fin d’année avec nos proches. J’ai aussi profité de cette période pour découvrir les richesses naturelles et viticoles de la France avec un week-end dans les Vosges, à Chablis ou encore à Bordeaux. Lors du premier confinement de mars à mai, je marchais chaque jour quelques kilomètres dans la nature. Après la réouverture des frontières avec la Côte d’Ivoire et le retour progressif aux bureaux de mes collègues, je suis resté en France pour raisons médicales.

Lac de Gérardmer dans les Vosges


Fin octobre en Côte d’Ivoire, la tenue des élections a suscité de nombreuses tensions. Près de 100 décès ont officiellement été recensés. Le climat politique, qui était déjà très pesant à l’approche des élections, s’est dégradé avec le décès d’Amadou Gon Coulibaly le 8 juillet, successeur désigné d’Alassane Ouattara. Ce dernier s’est donc lancé dans la course un troisième mandat très controversé face à l’ancien président de 1993 à 1999, Henri Konan Bédié. Les candidatures de Laurent Gbagbo et Guillaume Soro n’ont pu aboutir mais leur poids sur la société civile reste fort. Le 31 octobre, Alassane Ouattara a remporté l’élection avec 94,27 % des voix et un taux de participation de 53,90 % selon la commission électorale. Le scrutin fut boycotté par les principaux adversaires de la majorité. Certains leaders furent arrêtés, d’autres, dont l’ancien président Henri Konan Bédié, sont bloqués à leur domicile durant quelques semaines après le scrutin. La démocratie demeure très fragile en Côte d’Ivoire. En revanche, malgré quelques tensions communautaires, la paix est maintenue dans le pays. Les ivoiriens semblent se souvenir du douloureux passé des précédentes crises politiques dont la dernière remonte à 2010-11.

Le pays du cacao a été impacté économiquement par les élections et la crise. La crise Covid-19 engendre une réduction de la consommation de chocolat dans les pays occidentaux, ce qui influe sur le prix du cacao qui a touché un point bas (depuis octobre 2018) à 2.100 dollars la tonne début juillet. Le secteur du tourisme a aussi tourné au ralenti comme dans de nombreux pays. Malgré cette situation, la croissance du PIB devrait rester positive en 2020 autour de 2 % du PIB.

Une fois mes problèmes médicaux totalement réglés, je suis retourné au bureau à Abidjan fin novembre. Contrairement à la multitude des restrictions en Europe (couvre-feu ; fermeture restaurants, etc.), les libertés sont presque totales. Le plaisir de jouer au tennis ou de profiter de la piscine est appréciable. Le choc de température fut aussi important de 0 en France à 30 degrés en Côte d’Ivoire, ou la saison sèche débute usuellement en décembre même si cette année quelques averses persistent. Nous pouvons même nous rendre au restaurant du maquis au gastronomique. En revanche, le télétravail n’existe plus. Nous sommes tous au bureau à temps plein. La gestion de la crise Covid-19 occupe une bonne partie de nos journées, et cela encore pour quelques mois ou même très probablement quelques années.

Je suis rentré en France pour les fêtes de fin d’année afin de passer Noël en famille et d’effectuer une visite de l’Alsace, son vin et sa gastronomie. Le couvre-feu et l’absence de marchés de Noël rendent l’atmosphère différente mais les vacances demeurent plaisantes. J’ai ensuite célébré le nouvel an à Metz, célèbre pour sa jolie cathédrale et la plus belle gare de France selon certains experts, avant de rejoindre la Côte d’Ivoire pour une nouvelle année.

En 2021, je suis toujours en Afrique plus de deux ans après mon arrivée fin 2018. Les perspectives futures ne sont pas claires compte tenu de la crise Covid-19. L’essentiel est de profiter de chaque moment tout en enrichissant ses compétences professionnelles où le challenge est toujours tout autant important.

Sur la route en Côte d’Ivoire

Une année en Côte d’Ivoire

Après plus de 6h d’avion, j’arrive à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique de l’Ouest, le 31 octobre 2018 en provenance de Paris. Suite à plusieurs années dans la Banque, principalement dans le secteur de l’immobilier, j’ai décidé de démarrer une nouvelle expérience en Afrique. Le 05 novembre 2018, je débute mon nouveau job au sein de la plateforme Risques d’une grande banque française implantée en Afrique Subsaharienne, qui centralise les risques de crédit, opérationnel et de marché de 5 pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Burkina Faso, Guinée. Après deux mois de découverte et d’intégration au sein de nos anciens locaux vétustes situés au Plateau, quartier d’affaires de la ville, je commence à assimiler les diverses fonctions transverses de mon poste telles que le coût du risque, le suivi de la consommation des enveloppes pays, la déclinaison des procédures Groupe et l’élaboration du Risk Report. Le temps me permettra de m’adapter aux nombreuses différences culturelles avec la France. L’observation et la patience sont à mon sens deux qualités indéniables pour réussir son intégration.

Vue du Plateau, quartier d’affaires de la ville d’Abidjan

Je travaille maintenant depuis 1 an dans l’une des 30 banques commerciales implantées à Abidjan. Ces organismes sont passés à Bâle 3 en 2017 suite à la publication des textes de la BCEAO (Banque Centrale Etats Afrique de l’Ouest). L’implémentation de cette réglementation s’avère aujourd’hui compliquée à mettre en œuvre pour certaines institutions où les outils informatiques sont parfois robustes. Le développement du numérique avec une meilleure maîtrise des données aidera les banques à poursuivre leur croissance tout en limitant leurs risques élevés au vu des ratios de NPL (Non Performing Loans) en Afrique. En 2019, le taux de bancarisation en Côte d’Ivoire est de seulement 17 %. Ces difficultés expliquent peut-être mes horaires de travail qui s’étalent chaque jour de 7h à 19h.

Le déménagement dans nos nouveaux locaux en début d’année 2019 me permet de revenir à un environnement de travail plus proche de mes anciens locaux parisiens avec des bureaux neufs et lumineux.  Le travail reste intense mais je commence à m’adapter au rythme tout en pratiquant le tennis et la piscine le weekend. Ce rythme intense en position assise prolongée va néanmoins me causer de sérieuses complications au niveau du dos. Aussi, je ne marche plus la semaine compte tenu de la pollution et du manque de trottoirs en bon état, ce qui ne m’aide pas à maintenir une condition physique idéale. J’utilise le taxi jusqu’à quatre fois par jour lorsque je rentre déjeuner dans mon appartement également situé au Plateau. Abidjan est une ville énormément embouteillée.  Les règles de conduite sont très peu respectées. Les conducteurs de « Baka », minibus locaux dont la fiabilité technique reste à vérifier, restent les plus dangereux sur les routes. Le midi, je reste parfois aux alentours du bureau dans des restaurants proposant salades ou snack à prix convenable (environ 5 000 FCFA, soit 7,62 €). Seuls les maquis, petite restaurants atypiques proposant poulet braisé, alloco, attiéké ou autres spécialités locales sont très attractifs en matière de prix.  Certains restaurants à Abidjan proposent des prix démesurés pour la qualité proposée malgré la présence de très bonnes tables dans la ville. Le prix des appartements est également excessif au Plateau depuis le retour de la BAD (Banque Africaine du Développement) à Abidjan en 2014 après une délocalisation à Tunis suite à la crise post-élections de 2010 entraînant la mort de plus de 3 000 personnes.

En octobre 2020, de nouvelles élections se dérouleront dans un climat incertain avec la candidature potentielle des candidats traditionnels que sont Ouattara (RHDP), Bédié (PDCI), Gbagbo (FPI). Seul Guillaume Soro, ex Président de l’Assemblée Nationale de 2012 à 2019 après avoir été Premier Ministre, a officialisé sa candidature. Les candidatures du Président actuel Alassane Ouattara (3ème mandat potentiel) et de son prédécesseur Laurent Gbagbo, Président de 2000 à 2010, (toujours en liberté conditionnelle en Belgique) semblent plus compliqués.

Malgré son taux de croissance à plus de 7 % sur les dernières années porté par la construction d’infrastructures publiques et l’afflux investissements étrangers, la Côte d’Ivoire fait face à d’importantes inégalités. Le Plateau regorge de 4*4 et autres voitures de grande valeur pendant que la majorité de la population vit dans des conditions précaires. Les libanais détiennent environ 10 % du PIB grâce à l’immobilier et de grandes entreprises locales. Le salaire minimum de 60 000 FCFA (soit 91 euros par mois) ne permet pas à la majorité de la population de profiter des activités et loisirs dans « la perle des Lagunes ». La plupart ne disposent pas d’électricité et habitent loin du centre. Certains de mes collègues effectuent jusqu’à 2h de transport aller et 2h retour par jour.

Parc national d’Azagny près de Grand-Lahou

L’agriculture, portée par le cacao où la Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial avec 35 % du marché, est la principale source de revenue du pays (20 % du PIB). Cependant, la majorité des bénéfices remonte aux industriels européens qui transforment les fèves de cacao en chocolat. Avec le Ghana, deuxième producteur, le pays tente d’instaurer un prix minimum par tonne de cacao brut pour les producteurs. La Côte d’Ivoire est également premier producteur africain de noix de cajou et deuxième mondial. La chute du prix des matières premières peut impacter rapidement et fortement le revenu des agriculteurs. L’autre problématique majeure à moyen terme est la déforestation de 90 % en 50 ans, soit l’une des vitesses les plus rapides au monde.

Grand-Béréby

Le secteur touristique représente environ 6 % du PIB en 2019, surtout axé sur le tourisme d’affaires avec de nombreux hôtels, dont le groupe ACCOR avec son prestigieux SOFITEL doté d’une piscine de plus de 60m de long.  A défaut d’avoir pu célébrer les anniversaires de mes amis en France durant cette année, j’ai eu la chance de visiter en partie la Côte d’Ivoire. Le lieu touristique le plus connu est la plage d’Assinie où se trouvait le Club Med du film Les Bronzés. Grand-Bassam, plus proche d’Abidjan (45 minutes de voiture), est également célèbre avec sa grande plage et vieille ville classée au patrimoine de l’Unesco. Pour les adeptes du calme, les plages de Jacqueville à l’ouest d’Abidjan tout comme Grand-Lahou ou Sassandra, plus éloignées, se succèdent sur la côte. Il est également possible de prolonger le voyage à l’ouest jusqu’à San Pedro et Grand-Béréby mais mieux vaut utiliser l’avion compte tenu de la qualité des routes. Cette dernière destination regroupe de très jolies plages naturelles très propres contrairement à d’autres plus proches d’Abidjan. Enfin, vous pouvez également rester à proximité d’Abidjan à l’île Boulay pour y passer une journée tout en dégustant une bière locale, la Flag ou l’Ivoire. Dans un autre registre, le domaine Bini, situé à une heure de route au nord d’Abidjan direction Yamoussoukro, permet de découvrir les spécialités culinaires locales en découvrant les exploitations agricoles (cacao, latex, etc.) lors d’une promenade en forêt. Plus au nord, la ville de Yamoussokro, capitale administrative du pays, détient la plus large basilique du monde, inaugurée par le Pape Jean-Paul II en 1990. La Côte d’Ivoire regorge d’endroits préservés que je n’ai pu encore visiter.

Basilique de Yamoussoukro

J’entame ma deuxième année en Côte d’Ivoire qui s’annonce plus facile professionnellement même si de nombreux challenges restent à relever. La vie à Abidjan n’est pas comparable à la vie parisienne. Paris offre une qualité de vie culturelle et sportive que je ne retrouve pas ici mais cette expérience humaine m’apporte énormément sur le plan personnel. La Côte d’Ivoire devra également faire face à de nombreux challenges dès l’an prochain avec les élections et la poursuite du développement de son économie.

Dégustation d’une Flag à Grand-Lahou